Saturne et le Surmoi
En psychanalyse, nous pouvons définir le Surmoi comme une « surveillance intérieure », un organe critique, siège du jugement. C’est le tribunal intime de tous nos procès, contre nous-mêmes dans un premier temps, mais aussi indirectement et dans un second temps contre les autres. Nous nous jugeons et nous jugeons les autres selon les mêmes critères.
Le Surmoi signale sa présence par les « il faut/il ne faut pas », « toujours/jamais », « on doit/on ne doit pas » mais également par des formules comme « je ne peux pas faire autrement », « cela ne se fait pas », … mais aussi des mots comme « totalement », « absolu », « parfait ».
De nombreux conflits existent en chacun de nous, entre ce que nous souhaiterions penser, dire ou faire et ce que nous nous interdisons. Parfois il est juste de se retenir (nous n’allons pas tuer notre voisin juste parce qu’il n’est pas de notre avis) mais souvent ces limitations que nous nous infligeons nous limitent dans notre existence.
Le Surmoi est une instance psychique ambivalente, un organe de surveillance plus ou moins autoritaire, contraignant et répressif. Il peut être également, dans ces aspects valorisant la pulsion, une force permissive poussant à jouir tant et plus, voire à maltraiter ou se laisser abuser.
Le rôle de Saturne dans l’élaboration du surmoi est capital. Il figure dans les aspects de refoulement, les névroses mais aussi dans les plus hautes sphères de la sublimation. Ainsi, dans le cas où un équilibre est trouvé, le Surmoi devient une tutelle bienveillante et protectrice, favorisant le vie, et s’allie alors au Soleil en tant qu’Idéal du Moi.
Pour Jung, l’âme humaine s’édifie selon des archétypes qui se projettent sur l’inconscient collectif, et prennent forme dans la mythologie. Chaque astre correspond à un archétype introjecté dans l’âme humaine.
Pour comprendre la planète Saturne il est intéressant de comprendre le rôle du Dieu Saturne dans la mythologie.
Dans ce mythe, Saturne est dressé par sa mère Gaia (la terre) contre Ouranos (le ciel). Il châtre son père avec une faucille (faucille comprise dans le glyphe de saturne).
Saturne symbolise les coups de faux de la vie : deuils, pertes, frustrations affectives, sociales,…
Le 1er coup de faux de la vie : la coupure du cordon ombilical. Le dernier coup de faux est la mort, elle sépare l’âme du corps.
Il initie le complexe de sevrage de toutes l’humanité. Avec la suppression du ciel, c’est le commencement de l’ère de la matière.
Après le meurtre de son père, Saturne devient Dieu à son tour. Pour s’opposer à l’oracle qui lui annonce qu’il sera détrôné par un de ses enfants, il les dévore dès qu’ils viennent au monde. Malgré toutes ses précautions, il sera détrôné par un de ses enfants : Jupiter. `La protection devient inutile, après l’avidité c’est le temps du renoncement, l’accès au spirituel.
Les enfants sont les produits de l’instinct de Réa (la terre). Le rôle du Surmoi c’est de refuser les produits de l’instinct, de réprimer les montées du ça pour garder son empire sur l’âme.
C’est le barrage inscrit dans la morale : l’attitude de Saturne qui refuse de reconnaître ses enfants (le ça).
Dans un thème, Saturne peut être impitoyable. Toute pulsion se heurte à la barrière de Saturne selon sa puissance.
Si Saturne est puissant dans un thème, la morale devient la prison des interdits et les pulsions en aspect avec Saturne sont cadenassées provoquant un ravage invisible. Le Surmoi est au-dessus du moi.
Quand il y a un conflit entre Saturne et une planète du ça, le Moi est empêché de s’exprimer, l’être ne vit plus que sur son Surmoi : c’est un poison qui risque d’infecter tout le psychisme entraînant la rigidité intérieure, l’inhibition, des blocages, des empêchements.
N’oublions pas que Saturne a une valeur initiatique. Il marque l’échec du matériel, la perte, la spoliation, l’atrophie du moi extérieur pour la réalisation du moi intérieur.
En en faisant un adversaire et non pas un ennemi, l’être est en mesure de « lutter avec » et non plus contre. C’est alors la transformation par l’alchimie intérieure, le renforcement du moi, la force de dépassement des limites, le pouvoir sur soi…vers le pouvoir du SOI.